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La revengeance des duchesses

Pour savoir où on va, il faut savoir d’où on vient

Maison O'Neill, 2015. Photo: Catherine Ferland

Maison O’Neill, 2015. Photo : Catherine Ferland

Pour amorcer ma série de billets dans le cadre de la Revengeance, j’ai pris position en faveur des arts et de la culture d’ici. Il y a d’ailleurs eu un écho inattendu et intéressant à ce billet! Dans un esprit similaire, j’ai choisi de conclure avec un autre plaidoyer, cette fois en faveur de la conscience historique. L’avenir et le passé, consolidés par un présent solide et fort.

Je vais donc vous jaser de ce qui a été, de ce qui est… et de ce qui pourrait être.

Mon quartier, à Duberger–Les Saules, a une histoire relativement récente. Longtemps lieu de passage jalonné de terres agricoles et de quelques fermes, il n’a vraiment commencé à exister comme entité municipale qu’au 20e siècle. Le boulevard Wilfrid-Hamel (route 138) emprunte d’ailleurs le tracé de l’ancien chemin du Roy qui reliait Québec à Montréal.

Ça a changé, n’est-ce pas?

Mais si l’histoire de Duberger–Les Saules est plutôt neuve, il existe tout de même des éléments historiques qui méritent d’être patrimonialisés.

Oh, attendez. Quessé ça, le patrimoine? Quossa donne? Et c’est quoi la différence entre histoire et patrimoine?

Le patrimoine, qu'ossa donne?

J’ai bien sûr détourné l’expression originale… On verra ou reverra avec bonheur le célèbre monologue de Deschamps au http://www.tagtele.com/videos/voir/29733/

En gros, le patrimoine, c’est une trace du passé qu’on décide de préserver pour nous et surtout pour les générations futures. Ça peut être bien des choses, comme un objet, une pratique culturelle, une chanson et bien sûr un bâtiment.

Le mot central : CHOISIR. De préserver.

C’est pour ça que le patrimoine en dit long sur l’identité d’un peuple à deux niveaux : sur le passé de ce peuple mais aussi sur l’époque qui choisit (ou non) d’en préserver des témoignages pour la postérité.

Une petite parenthèse s’impose.

Allons-y avec un exemple. Au 19e siècle, tout le monde occidental a été pris d’une frénésie de modernisme. On était emballé par le progrès et les possibilités de l’industrialisation qui semblaient infinies, alors les « vieilles affaires » des temps passés ont bien failli disparaître. Imaginez une minute… Et si les Grecs avaient succombé à cette lubie et avaient décidé de démolir les temples et monuments construits au temps de Périclès, que resterait-il du patrimoine bâti de la Grèce ancienne? À Québec, nous avons bien failli perdre les anciennes fortifications (oui, les murs, les portes Saint-Louis et Saint-Jean… tout) car ces structures étaient considérées comme des vieilleries et des entraves au progrès! Sans l’intervention de lord Dufferin, Québec aurait perdu son caractère de ville fortifiée. Et n’aurait pas été classée ville du patrimoine mondial par l’UNESCO en 1985.

Naturellement, les interventions sont inévitables et ne s’avèrent pas toutes malheureuses. À Paris, toujours au 19e siècle, le baron Haussmann a changé pour toujours la face de la ville. Les larges boulevards qu’il a fait percer et les édifices de six étages qui les bordent font maintenant partie de l’identité visuelle de la Ville Lumière.

Bon, après cette looooongue parenthèse (on peut certes faire ressortir la duchesse de l’historienne, mais pas faire sortir l’historienne de la duchesse pour autant!) j’en reviens à Duberger–Les Saules.

La Maison Dion-Lecointe au 3475, Saint-Léandre

La Maison Dion-Lecointe au 3475, Saint-Léandre

À ce jour, nous avons ici quatre bâtiments identifiés comme ayant une valeur patrimoniale :

  • La Maison O’Neill, située au 3160, boulevard Wilfrid-Hamel (construite vers 1860) ()
  • La Maison Dion-Lecointe, située au 3475, avenue Saint-Léandre (construite vers 1840)
  • La maison située au 4335, rue Michelet (construite en 1835 et abritant maintenant l’Auberge Douceurs Belges)
  • La Villa Livernois, située au 2390, boulevard Masson

J’aimerais m’attarder au cas de la Villa Livernois.

Construite en 1905 pour Jules-Ernest Livernois, membre de la célèbre famille de photographes de Québec, ce qui était d’abord un modeste chalet a été transformé en villa servant de résidence d’été. Elle a ensuite été la propriété du docteur Brown. Acquise par une communauté religieuse, les auxiliaires franciscaines de Saint-Augustin, la vaste maison a été convertie en résidence pour personnes âgées dans les années 1960.

La Villa Livernois au tournant du 20e siècle

La Villa Livernois au tournant du 20e siècle

Bien que reconnue comme patrimoniale par la ville de Québec, son avenir semble très incertain. Le bâtiment est très détérioré et demandera sans doute des investissements importants pour retrouver sa splendeur d’antan… avec une vocation contemporaine. Le fait qu’il soit situé en zone inondable est aussi un problème.

Pour ma part, j’y verrais bien une reconversion trippante effectuée dans le respect du lieu. Pourquoi pas quelque chose d’analogue à ce qu’ont réalisé mes amis du Sento Spa dans l’ancienne demeure ancestrale de Hans Denaston Breakey, à Breakeyville?

Si le défi est immense, le potentiel l’est tout autant. Qu’est-ce que 2015 choisira de préserver pour les générations futures? Quels actes, quelles décisions allons-nous léguer?

À suivre…

D’ailleurs, MERCI de m’avoir suivie tout au long des dernières semaines! Continuez d’être curieux de votre histoire et de votre culture… et j’aurai ainsi le sentiment d’avoir bien utilisé cette magnifique opportunité de parole qu’est la Revengeance des duchesses!

Bises.

– Catherine, historienne, Québécoise et fière revenduchesse dubersauloise 2015

Comme les bonus qui suivent le générique de certains films, voici un petit cadeau pour avoir lu jusqu’à la fin : LA géniale carte aérienne interactive pour voir de quoi avait l’air la région de Québec en 1948! Oui, vous pouvez aller zoomer votre quartier!!!

Pour en savoir plus :

Fiche toponymique sur le quartier Duberger–Les Saules, Commission de toponymie, Québec.

Ville de Québec. Neufchâtel, Duberger, Les Saules : de seigneurie en banlieue, Les quartiers de Québec, 1988.

Sur les bâtiments patrimoniaux à Duberger–Les Saules : RÈGLEMENT R.V.Q. 2239, Ville de Québec, Service des affaires juridiques, automne 2014.

Sur la villa Livernois : Isabelle Chabot, « La Villa Livernois protégée par la Ville », Québec Hebdo, 21 octobre 2014.

Et merci au super groupe facebook Quartier Les Saules, comportant plus de 1600 membres, où j’ai trouvé des précisions très précieuses pour préparer ce billet!

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